Sune-ate

Un article encyclopédique de Baptiste


Les Sune-ate 脛当 (parties de l’armure protégeant les jambes), sont un peu l’emblème du Naginata ; notre truc à nous, quoi, “que les zautres y zont pas !” C’est le premier élément d’armure que le débutant porte ; il lutte pour en attacher les Himo correctement, surtout s’il porte déjà un Hakama, ce qui complique la tâche vu qu’il faut agencer les plis avants du Hakama d’une façon particulière tout en laissant les plis arrières libres… Tout un art !

C’est aussi généralement la première partie d’armure que l’on achète ; une façon de dire que l’on s’investit vraiment dans le Naginata et que l’on compte désormais persévérer ; un jour à marquer d’une pierre blanche ?

Les pratiquants de So-jutsu et de Jukendo ont leur Kata-ate (protection d’épaule), Nous, on a nos Sune-ate… C’est finalement ce qui nous distingue des autres.

Si l’on compare les Sune-ate des armures modernes et ceux des Yoroi anciens, on s’aperçoit que c’est la pièce d’armure qui a le moins subi de transformations dans sa forme générale : une pièce de tissu matelassée sur laquelle sont fixées des (6 généralement) barres de protection encerclant ainsi la jambe.


Voici maintenant des Sune-ate comme on en trouve sur les armures anciennes japonaises. Ceux-ci datent du Bakumatsu, fin de l’ère Edo, deuxième moitié du XIXe siècle.

Même si globalement, l’ancien modèle et le moderne se ressemblent, on note toutefois quelques différences que l’on va essayer d’expliquer.

Déjà, bien sûr, les barres de protection ne sont pas des lamelles de bambou, mais bien des lames de métal. Elles sont en outres reliées entre elles par des chaînes, trois à chaque fois, une en haut et une en bas, cachées par les Himo, et une au milieu que l’on peut apercevoir sur la photo.

Ensuite, on remarque que les deux lames qui se trouvent au niveau de la malléole interne sont raccourcies de moitié par rapport aux autres pièces. C’est pour empêcher ces lames de venir frotter (et éventuellement sectionner) contre la sangle des étriers lorsque les guerriers montaient à cheval. A la place, est cousu sur le Sune-ate un morceau de cuir, le Abumi-zure-gawa 鐙擦革, qui lui, à l’inverse, protège le tissu des Sune-ate des frottements avec les sangles des étriers.

Enfin, il est vrai que ces Sune-ate ne semblent pas offrir de réelle protection au niveau du genou, contrairement aux Sune-ate modernes, mais cela n’était en fait pas vraiment nécessaire dans la mesure où le guerrier portait à l’époque une armure “légère” comprenant généralement un Haidate, sorte de “tablier” allant de la taille aux genoux et recouvert de plaques de métal.

L’équipement utilisé en Naginata moderne n’est pas né avec la discipline, mais est le fruit de la longue évolution de l’armure japonaise aux cours des siècles.
Du champ de bataille au parquet des Dojo, on peut voir à chaque instant que les principes et concepts de la science martiale japonaise subsistent toujours de nos jours, faisant de nos disciplines des “Voies Martiales” et non pas des disciplines sportives. A l’instar des guerriers de l’époque de Benkei, ceux de l’ère Muromachi ou ceux vivant dans la paix de l’ère Edo, nous continuons de nouer les Himo de nos Sune-ate à partir du haut, puis le bas, en commençant par la jambe gauche puis la droite, et dans l’ordre inverse lorsqu’on les retire.

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