戸田派武甲流薙刀術 – Naginata traditionnel à Toulouse

Répondant à l’invitation de Pierre Simon Iwao Sensei, du dōjō Oshinkan, relayée par Laurent, j’ai pris le train en ce gris samedi 21 février pour Toulouse.
La motivation commence là, car il ne faut pas moins de 5h de train pour rallier la ville rose, et le stage commence à 13h30.

Le temps est splendide à mon arrivée, ce qui laisse augurer un stage agréable: je sais en effet que nous pratiquerons dehors.

Hôte prévenant, Laurent, l’un des Sempai du Dōjō, est venu me chercher pour me montrer le chemin.
Nous grimpons les quelques rues tout en devisant du temps et  de l’étiquette à observer pendant le week-end.
Car ce n’est pas un simple stage sportif auquel je viens participer (avec les coutumes païennes que cela suppose chez NIDF! ;P ). Le dōjō Oshinkan est un véritable dōjō traditionnel, et nous y vivrons tous comme Uchideshi d’un week-end. Ainsi par exemple, le vouvoiement sera de règle comme marque de respect entre les pratiquants.

Arrivés au dōjō, Laurent me fait les honneurs en me montrant les lieux, les armes, m’expliquant au passage les significations et us.

Situé dans un ancien atelier de couture, la salle est petite mais toute en bois et bon plancher. Et comme je m’en rendrai compte de manière saisissante un peu plus tard, ni chauffée ni isolée. Les râteliers d’armes, le kakejiku, les kafuda , les makiwara, tout cela tranche agréablement avec les gymnases où nous avons l’habitude de nous entraîner. Quelle chance d’avoir une salle pareille!

Le tour du propriétaire terminé, nous passons au vestiaire (chauffé, lui) pour nous mettre en tenue. Comme souvent, à nouveau lieu d’entraînement, nouveau nœud de hakama! Et Laurent rafraîchi ma mémoire sur un nœud de obi plus traditionnel que mon interprétation de l’exercice que l’on peut qualifier de… contemporaine.

Et que fait-on en tout premier dans un dōjō? Le ménage!

Passer le balai et la serpillière sont tout autant d’occasion de commencer à entrer dans la pratique. Plutôt que de balayer dans le simple but d’enlever la poussière, pourquoi ne pas commencer à se poser dans son centre, son tanden, relâcher ses épaules pour des mouvements réguliers, sans à-coups ni rupture. Et on passe la serpillière à la japonaise: hakama relevé, on la pousse devant soi avec les deux mains plaquées dessus. Cela peut s’avérer un peu technique, surtout quand on est grand!

Tout cela permet d’attendre les derniers membres du dōjō.

Vient le moment au Laurent m’accompagne aux râteliers pour le choix des armes. Un bokutō, et surtout la Naginata!

Oshinkan est le seul dōjō en Europe à pratiquer Toda-Ha Buko Ryu Naginatajutsu. Ce koryū prend ses racines dans le Japon du XVe siècle, avant de devenir une école où la Naginata est l’arme principale au cours de l’ère Edo.

En ce temps-là, pas de normes sportives sur la taille et le poids des armes évidemment: on choisit celle qui vous va. Une naginata est à la bonne taille si, levant le bras, vous pouvez en toucher la pointe en position verticale.

Me voilà armé. Les armes sont déposés dans un coin du dōjō et, tous étant là, on s’aligne pour le salut.

Le Sensei Simon Iwao PIERRE, Shihan, nous dresse quelques mots de bienvenue, puis viennent les présentations. Nous serons 7 ce week-end à suivre les enseignements du Sensei. Certains sont frais de l’année, d’autres sont des piliers reconnus okuden.

Le salut se poursuit traditionnellement, le stage est ouvert.

Et nous quittons le dōjō pour monter au Parce de l’Observatoire, car le stage se déroulera en plein air.

Installés, on commence le kihon, est tout de suite, le dépaysement se fait sentir. La position, très basse et hanmi (presque de ¾), la garde haute sont déstabilisantes mais donnent une très bonne sensation d’ancrage et de force. Et puis c’est classe!

Nous pratiquons les coups de base, qui sont puissants. La différence entre une sensation de coupe et et un simple coup est tout de suite sensible avec ces lourdes armes à l’épaisse lame. Mais de là à le faire correctement…

Nous parcourons notre coin de parc seuls, puis à 2 en enchaînant les coups, avant de passer aux techniques plus avancées du kihon.

En ce qui me concerne, cette partie s’arrêtera au dō-giri, une des techniques particulières à l’école. Un coup puissant, un ample mouvement qui consiste à frapper l’abdomen.

J’apprécie l’effet produit par l’ensemble des élèves enchaînant les dō-giri, alignés les uns derrières les autres. C’est tout autant sportif à exécuter que beau à voir!

Le kihon se poursuit.

La pratique traditionnelle des écoles anciennes s’articule autour de la pratique inlassable des kata, qui contiennent les mouvement et les concepts propre à l’école.

C’est donc la suite du programme.

Les kata de l’école sont autant efficaces qu’impressionnants. Images d’un passé guerrier où les Bushi maniaient de lourdes et mortelles naginata, l’exécution ne laisse pas place à l’équivoque ou à la sophistication surtout esthétique qu’on peut retrouver dans des écoles plus récentes.

Nous finissons au crépuscule et redescendons au dōjō.

Le dōjō traditionnel, c’est aussi la vie en commun le temps du stage. Nous partagerons le repas et dormirons dans le dōjō même.

La soirée est fort agréable, alors que je découvre les relations d’amitié et de respect qui unissent de façon particulière les élèves de cette école, et malgré le vouvoiement de rigueur un peu surprenant, on sent une vraie complicité et une proximité forte.

Le Sensei nous gratifie d’histoires sur le Japon ou d’explications sur l’histoire de l’école. Et je ne peux m’empêcher de penser à Simone (Charton), en l’écoutant: c’est un peu la même énergie, le même savoir, fruit d’une vie de recherche passionnée sur les arts martiaux, de réflexions croisées sur l’énergie, le mouvement… et le même enthousiasme!

Mais il faut bientôt gagner nos spartiates couches (sauf pour les malins qui possèdent un futon complet à demeure 😉 et se préparer à une courte et quelque peu rude nuit: demain, préparation énergétique à 6h, et il fait moins de 10°C dans le dōjō!

D’ailleurs, c’est déjà le matin. Nuit trop courte, réveillés par le Sensei déjà prêt qui prend en photo la « vaillante » troupe en annonçant le début prochain des hostilités!

Le temps d’enfiler le jūdōgi blanc réservé à ce moment, et c’est par 1 heure de yoga que nous émergeons à cette journée.

Je m’abstiendrai de commentaires sur ma souplesse légendaire pour vous dire plutôt la surprise que j’ai eu a me voir pratiquer certains mouvements que je pensais hors de ma portée, tel le lotus. Un lotus quelque peu tordu, mais quand même! Allez, avec quelques (dizaine d’) années de pratique!

Tout cela est suivi par un petit déjeuner aux ingrédients inédits, mais finalement goûtus et très reconstituants.

Nous remontons au parc pour poursuivre le stage. Et c’est là que les courbatures de la veille se font sentir dans les jambes, à cause de la garde très basse.

Le kihon, encore te toujours, et jamais assez, car j’ai le plus grand mal à ne pas reprendre mes réflexes d’atarashii naginata!

Puis les kata, à nouveau. Nous les répétons encore et encore, sous les conseils du Sensei qui visent à leur donner sens et vie. Les élèves avancés passent aux série ultérieures, et entre deux kata je découvre des pratiques tachi contre naginata, yari-naginata, ainsi que la fameuse kagitsuki naginata, arme spécifique de l’école, à la manipulation délicate mais implacable.

Malheureusement, l’heure de mon train de retour, et tous me font l’honneur d’arrêter la pratique pour me raccompagner, alors que la journée n’est pas terminée. Nous revenons au dōjō pour le salut et les adieux, et je dois filer à la gare.

La prochaine fois, je prendrais une montre, car j’y arrive avec une heure d’avance.

J’aurais pu rester!

Je souhaite que ce stage soit le début d’amitiés et de collaborations entre nos deux dōjō. Notre pratique moderne à sans aucun doute un supplément d’âme à y retrouver. Pour ne pas oublier pourquoi nous faisons ce que nous faisons, et revenir à la source pour y garder le sens du Combat, même si celui-ci est de nos jours l’occasion d’un cheminement personnel.

 

Plus d’informations sur Toda-ha Bukō-ryū et le dōjō Oshinkan: www.oshinkan.com

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