Gasshuku – Saitama, Juin 2009

Ce dimanche 21 juin, un choix difficile nous était offert: Disneyland Tokyo ou Gasshuku à Saitama? Avouez!…

¿Qué es un Gasshuku?

Vite dit, c’est en général un stage de plusieurs jours à l’extérieur. Je laisse Baptiste détailler si besoin les finesses du sens de cette expression. Globalement, on prend le train et on se met dessus !

Revenons à notre dilemme. Quoique, la perspective d’une journée entière de naginata l’a vite emporté ! Et c’est avec enthousiasme et entrain que l’on a répondu « fais péter » quand les sempai de l’IBU nous ont proposé d’y aller…

…Ce n’est qu’un peu plus tard qu’on a appris un minuscule détail : Saitama c’est loin, et on y va en train ! Chers amis, ce sera donc le train de 4h25 à la gare de Katsuura !

Mais comme on est pas venu au Japon pour acheter des rizières, nous voilà descendant la route qui mène de l’Université à la gare (et inversement, sauf qu’à ce moment là ça monte, ce qui fait toute la différence), avec armes et armures.

Bon point, on arrive les premiers, malgré l’avantage des étudiants munis de scooter ! héhé !

Et c’est parti. Un arrêt à Onjuku où Baptiste nous rejoint, et nous voilà embarqués pour 3h30 de voyage, avec moult changements. C’est comme aller au CHEOPS pour une journée, finalement!

Et là aussi, on arrive les premiers !

Or donc, le Budōkan de Saitama, complexe sportif préfectoral dédié aux arts martiaux, c’est pas la MJC de Consly ! J’ai appris un nouveau mot anglais que me plaît beaucoup en ce moment, c’est “flabbergasted”. Et bien flabbergasted je fus en entrant dans la main arena !

C’est beau et grand! Le complexe comprend également 2 dojo annexes, 2 kyudojo (un long distance et un normal), 2 arènes de sumo (une intérieure et une extérieure).

La dite main arena est bien sûr un immense dojo carré, au plancher uniquement décoré de discrètes marques indiquant où coller le scotch d’éventuels shiaijo (plus besoins de décamètre et de 12 peons pour en tracer un 😉


Mais bon, on est pas venu pour planter des bambous, et bien qu’ayant quasiment une heure d’avance (merci le train de 4h25) on déballe le matos, pose les armures en rang. Chloé en profite pour étrenner son zekken tout beau tout neuf et honteusement classe.

Plan de bataille annoncé par Baptiste dès le début : dès que Suzuki Sensei s’approche de son armure, aller se planter devant lui et onegaishimasu ! OK !

Parce que bon oui en fait, Saitama, c’est le fief de Suzuki Sensei. Et cet homme là, c’est un peu une légende du naginata, X fois champions de tout de qu’on veut (Japon, Monde,…), une sorte de mythe. Pour vous dire, quand j’étais petiot aux premières rencontre internationales à Paris, c’était déjà un ogre !

Le matin, c’est kihon et engi. Suzuki a des exercices amusants en plus d’être instructifs, dont certains consistent par exemple à parcourir le dojo avec un tenugui plié en 8 juché sur le sommet de votre tête, et ne pas le faire tomber. Furikaeshi compris, si si !

Bon alors bien sûr, je parle japonais comme vache qui pisse, donc les explications techniques m’échappent quelque peu. Mais j’ai Chloé et Baptiste qui me traduisent, alors je fais semblant et j’attends.

Le hall est rempli de lycéens, auxquels ce gasshuku est réservé. Quelques étudiants et sommités du naginata (championne du Japon, etc..) agissent en qualité de sempai. Nous somme bien 60-70 dans ce petit gasshuku de banlieue !

Après le travail de engi avec moult partenaires tous plus motivés qu’âgés de maximum la moitié de mon âge, c’est la pause. On en profite pour aller mater des vieux messieurs à moitié nus avec des arcs.

Fi ! bande de gérontophiles, il s’agit bien sûr d’un entraînement de kyudo, vraisemblablement un compétition ou passage de grade senior.

Poufpouf! Onigiri et Aquarius au déjeuner, petite pause et on y retourne, car après, « ceux qui mettent le Men le mettent » comme avait sibylinement annoncé Suzuki Sensei avant le break! Ça tombe bien, on en a, et le mien est tout neuf de la veille (on se barde ici, c’est Noël) et on a même les armures qui vont avec!

Après le traditionnel kihon datotsu, Suzuki axe le travail de ce début d’après midi sur le fumikomi men, ou men direct, comme on dit en Vendée. Et c’est là qu’on voit le souffle qu’apportent ces jeunes sensei masculins au pays où le naginata est souvent une affaire de respectables dames (comme dirait Ebisawa Sensei). Expérimentations, essais, crossover avec le kendo, ici on achète tout et on teste sur le terrain. Le tout dans une ambiance décontractée.

Bref, on se met dessus. Les keikogi sont rapidement à tordre, surtout quand s’ouvre la sessions jigeiko ! Je suis même surpris de voir de la sueur sourdre à grosses gouttes de mes kote himo (ces ficelles qui nouent les kote) en les resserrant !

Baptiste en fin renard qui connaît bien le terrain, laisse à peine le temps au sensei d’attacher son men. Les voilà partis pour du gros jigeiko qui résonne par dessus les cris des lycéennes. Chloé invite et est invitée à tours de bras. Moi, ben je leur fais un peu peur aux jeunes filles, sauf à celles avec qui j’ai travaillé le matin. Alors après, je passe en revu les gars, tous élèves de Suzuki Sensei au club du lycée. Y’a de l’avenir par là !

Bref, qu’est ce qu’on se met!

Même les gamins en veulent comme des lions !

Mais régulièrement, je jette un œil sur file d’attente des candidats au jigeiko avec le MC du jour. File qui s’allonge après le passage de Baptiste, et qui ne semble pas vouloir diminuer. J’échange encore quelques invitations avec les lycéens, puis me décide à aller faire la queue pour la fessée !

Bon alors c’est sûr, poireauter 30 min alors que les autres continuent à se mettre dessus, c’est frustrant. Mais on est aux premières loges pour voir Suzuki Sensei à l’œuvre. Calme et toujours composé, lâchant ici et là kake-goe (oui, vous aussi lisez Kendo World et apprenez des nouveaux mots pour briller en société et au Scrabble) audible malgré la cohue, il alterne kakari-geiko ou jigeiko selon le partenaire. Et soudain, par un bref et extrêmement énergique mouvement de  hanches, la naginata vole et poum ! Men !

C’est mon tour, et je décide de… rien ! Faire au mieux. Je ne me suis jamais battu contre ce gars qui était déjà proto-champion du monde quand je débutais, et qui n’a pas encore 40 ans!

News at 11, le combat est filmé par Baptiste et c’est la fessée prévue. Sans douleurs: il est toujours trop loin quand j’attaque, toujours assez près quand il me saute dessus. Le grand moment: un maki-age (je t’enroule ta naginata et elle vole) me fait lâcher la main avant. Il me met 3 men et un sune avant que je puisse la récupérer.

Mais bon, j’ai la classe dans ma nouvelle armure, c’est l’essentiel !!

Le stage approche de sa conclusion. Au loin, Chloé en découd avec Kurogawa, qui est ou fut Championne du Japon a moult reprises.

Le sensei annonce la fin des hostilités, on tombe l’armure et on s’aligne pour le salut final ; je n’entrave toujours rien aux commentaires délivrés à l’assistance sur le stage, et peut donc consacrer mon attention à me mettre en seiza suffisamment loin de la personne devant moi, sous peine de plonger dans son centre à chaque zarei, ce qui est vu comme inconvenant! Car oui, même dans un dojo aussi grand, la foule ne s’aligne sur pas moins de 3 lignes face au Sensei en cette fin de gasshuku.

On range ! Baptiste négocie la douche avec les sempai, et c’est un succès: on échange un remballage de chez speed et un restau contre une bonne douche et la promesse d’appeler la sempai pour lui dire qu’on en s’est paaaas perdu (rappelle, ces jeunes gens ont maximum 21-22 ans !). La suite se révèle doublement cocasse: d’abord les douches sont froides, mais ensuite on se rend compte que nos camarades de classe sont encore en train d’attendre le bus quand nous sortons, du persil entre les doigts de pieds, après les douches, le pliage de hakama, la causette autour d’un coca bien frais !

l’Odyssée commence, avec un timing des plus pourris, qui nous contraint à changer 6 fois de train. Les guerriers sont de moins en moins vaillants après cette journée et c’est un exploit qu’il y en ai au moins un de réveillé pour signaler les changements de train !

Home Sweet Home au Kaikan à 10h du soir, le bento est notre ami. Je m’endors au milieu de la pièce tout habillé alors que je lis un Kendo World.

Qu’est ce qu’on s’est mis !

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