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Coupe de Paris 2008

épopée contée par Baptiste


Ceux qui sont zélés dans l’art de la guerre cultivent le Tao et préservent les régulations ; ils sont donc capables de formuler des politiques de victoire.

Sun Tzu

“POUUUUUTRE !”

Spectateur anonyme

Avec du retard, voici donc les Highlights de la coupe de Paris 2008, disputée cette année devant la baie vitrée du Gymnase de La Plaine.

Dans une atmosphère surchauffée, les teams “Les fromages qui puent”, “Kokoro”, “Les mammouths”, “USML”, “Les trompettes de la mort”, “Hard gay”, “Met le doigt”, “Spirit of poutre”, “Kamchatka”, “Chanbara team” et “Kenichiro” se disputaient une fois de plus le tant convoité trophée lutécien et son pendant non officiel du nom d’équipe le plus débile 🙂 (le jury n’a toujours pas tranché en ce qui concerne cette dernière catégorie…)

Pour l’occasion, NIDF dépêcha 3 de ses plus redoutables guerriers : Le Prezident en Personne, le Vizir (fidèle et sournois secrétaire), et l’outsider du jour Martin. Alain s’est gentiment, mais à regret, sacrifié pour arbitrer plutôt que de combattre. Idem pour Agnès, grande prêtresse assermentée des arbitres de tables, chronométreurs et Gentils Organisateurs. Il fut alors décidé que Martin rejoindrait les rangs de “Met le doigt” pendant que le Prez combattrait aux côtés de “Kenichiro” et que le Vizir restait colistier attitré de “Spirit of Poutre ».

On rappellera ici qu’une équipe en lice pour de la Coupe de Paris se compose de 5 membres : idéalement 2 kendoka, un manieur de naginata, un iaidoka (qui en découd avec l’un de ses pairs, sur des kata tirés au sort) et d’un bretteur à la vive mousse, le pratiquant de Sport Chanbara.
Rituellement, une Coupe de Paris commence toujours par un “ah non, pas eux…” adressé de bon matin aux gens d’NIDF par des kendoka soudain soucieux pour leurs genoux ainsi que leurs malléoles. Rituellement, une Coupe de Paris, c’est aussi la foire du Sune-ate qu’il faut mettre puis enlever à chaque combat aux kendoka qui ne savent pas s’habiller tout seuls…

“J’aime ces moments là ; on est là, tous ensemble ; les armes sur le sol ; les regards qui se croisent ; c’est toujours les mêmes gestes ; d’abord la jambe gauche… toujours ; pli du hakama, himo ; puis la jambe droite ; et puis une gorgée de tequila… … toujours”

“Spirit of poutre” s’effrite finalement assez rapidement et ne sait pas sortir de sa poule de 3. Le Vizir y met pourtant le nez et la patate et se jette corps et âme sur ses adversaires, mais cela ne change pas le résultat final de l’équipe qui finit la journée sur les gradins. “Met le doigt” et “Kenichiro” s’en sortent mieux et sont toujours présents sur les shiaijo après la pause déjeuner. Le Prez, alias Jean Grégoire pour la journée (mais où vont-ils chercher tout ça ?), trouve des ouvertures sur kote, hardiment critiquées par son “pourtant-ami” Vizir vitupérant sur la largesse du corps arbitral (ce qui ne veut pas dire que les arbitres étaient tous gros, mais bien qu’ils semblaient larges à notre secrétaire) depuis le bord du shiajo. Malheureusement, “Les trompettes de la mort” mettent finalement un terme au parcours pourtant si vaillamment mené de “Kenichiro”.


Seul avatar de l’entité NIDF encore debout, Martin tient, ploie mais ne rompt pas; il “Met le doigt” véritablement, et le spirit avec, après une moisson abondante de points d’expérience dans la matinée, récompense de son tsuki victorieux au Yari face à un kendoka combattant au Choken Morote dans un duel à mort de Chanbara. Concertation, hésitations et décision passées, on lui attribue un sobriquet à la mesure du geste et il faudra donc désormais appeler Martin “Fatal Tsuki”, plutôt que Martin.


Malheureusement, la “Chanbara team” eut finalement raison de “Met le doigt” dans l’après-midi ; mais les faits d’armes de Fatal Tsuki resteront à jamais gravés sur les tablettes. Your legend will never die.

Au final, après une journée de compétition, le trophée va aux “Hard gays”, suivis sur la seconde marche par “Les fromages qui puent” puis “USML” ex-æquo avec une “Chanbara team” en bronze plutôt qu’en mousse. Un grand bravo aux compétiteurs, organisateurs, arbitres et teneurs de table, et aux spectateurs. La journée s’achève sur les traditionnels Jigeiko (“mêlée générale fair-play”, dans la langue de Molière).


En guise de conclusion, la pensée du jour, recueillie au hasard : “Autant l’ambiance est au bordel quand se mesurent entre eux chambaristes, kendoka et naginataka, autant il règne un silence respectueux au moment de la compétition technique de iaïdo. Tout le monde demeure le souffle coupé, le temps suspendu à la lame qui retourne à son fourreau. »

La Poutre

POUTRE. n. f. Grosse pièce de bois équarri, qui sert à soutenir les solives d’un plancher et que l’on emploie encore dans diverses sortes de constructions. Poutre de chêne. Poutre de sapin. Équarrir une poutre. Une poutre à vive arête. Mettre une poutre en place.

Fig., dans le style de l’Écriture, Voir une paille dans l’œil de son prochain et ne pas voir une poutre dans le sien, Remarquer jusqu’aux moindres défauts d’autrui et ne pas voir les siens, quelque grands qu’ils soient.

Fig., dans le style de la Naginata Gran Mexican Ryu À l’Ancienne, voir une paille dans le Seme de son prochain ET LUI COLLER UNE GROSSE POUTRE EN PLEIN DANS LE MEN !!!!!

Fig., long cri suraigu servant à encourager un camarade en difficulté lors d’un combat → “POUUUUUUUTRE!!”. Remplace “Vas-y, crève-le !”  (pour des raisons évidentes de bienséance) ou son équivalent nippon “KOROSEEEEEE!!”

Old School, comme disait Ellis Amdur..


Question de caractère

Le naginata ? Une naginata ? Des naguinata(s) ? Que faut-il dire ? Le japonais est une langue qui ne différencie ni le genre ni le nombre ; par conséquent, naginata en japonais est un mot neutre. On peut donc dire en français aussi bien “une naginata” qu’ “un naginata”, et l’ajout du “s” pour marquer le pluriel n’est pas forcément nécessaire. Bien sûr, en l’état, et en bon français, “naginata” se lit “najinata”, mais comme il est devenu d’usage d’utiliser le système Hepburn pour romaniser l’écriture japonaise, nul n’est besoin de “u” entre le “g” et le “i”, puisque le “g” est toujours considéré comme “dur” dans le système susnommé…

Cela dit, il semble qu’une convention tacite se soit instaurée dans les habitudes de langage des pratiquants français, et l’on a tendance à utiliser le masculin pour désigner la discipline (donc “le Naginata”) et le féminin pour désigner l’arme (“une naginata). Enfin, tant que l’Académie ne se sera pas penchée sur la question, cela ne restera qu’une habitude qui pourra être adoptée ou pas, à la discrétion de chacun.

Après tout, la question de l’écriture du mot “naginata” n’est pas uniquement un problème franco-français : les Japonais ont, eux, 4 façon d’écrire ce mot : 3 encore d’usage, et une qui n’a pas survécu aux quelques treize siècles d’histoire rattachés à cette arme.


Voici la toute première écriture du mot naginata : NA-KI-NA-TA. Chaque caractère chinois (ou Kanji, utilisés également dans le système d’écriture japonais), possède un sens qui lui est propre, ainsi que différentes prononciations (ou lectures). Cependant, comme c’était fréquemment l’usage à l’époque où ces caractères chinois furent introduits au Japon via la Corée, les kanji utilisés ici ne véhiculent aucun sens (ou, plutôt, il faut faire abstraction de leur sens) et n’ont été choisis que pour leur prononciation afin d’écrire phonétiquement naginata. Le NA est le premier caractère qui sert à écrire Nara, l’ancienne capitale impériale du VIIIe siècle. Le KI est le kanji de l’arbre, et enfin le TA signifie normalement “beaucoup” ou “de nombreux”. Cette écriture a été très vite abandonnée, et il faut dire qu’à l’heure actuelle, elle est quasiment méconnue des Japonais eux-même.


La deuxième écriture, elle, se base sur la signification des kanji plutôt que sur leur prononciation. La lecture “naginata” est en effet une lecture spéciale appliquée ici à cette paire de caractères qui se lit normalement CHŌ-TŌ (avec CHŌ qui possède comme seconde lecture NAGA→NAGA-TŌ) et qui signifie “long sabre”. Les premières naginata identifiées comme telles furent, de l’avis de plusieurs spécialistes, certainement des sabres “standards” montés sur des hampes en bois ; cette écriture fait donc sens.

Toutefois, la confusion entre un naginata et un sabre effectivement long (le Chōtō) devenant alors possible, l’écriture suivant fut adoptée :

NAGU-TŌ, le sabre “qui fauche”, le fauchard. On suppose que cette paire de caractères a commencé à être utilisée vers le XVe siècle. Ce set de kanji étant employé pour désigner une naginata, il est donc bien lu “naginata” et non pas “nagutō”. C’est donc encore une lecture spéciale de ces deux kanji.


Enfin, la dernière écriture, et que l’on doit employer lorsque l’on parle de la discipline moderne (parfois appelée Atarashii Naginata), n’utilise pas de caractères chinois. Elle s’écrit en Hiragana, le syllabaire japonais. C’est donc une transcription phonétique directe et les caractères qui la composent ne sont pas porteurs de sens. Cette écriture “moderne” a été choisie pour se démarquer clairement des écoles anciennes de naginata encore vivantes de nos jours (et qui sont, pour certaines, âgées de plus de 500 ans) et pour affirmer une nouvelle dimension sportive. Si les deux écritures en kanji sont utilisées indifféremment, l’écriture en hiragana est donc réservée uniquement au naginata moderne.

Pour finir, on citera un court extrait du livre Old School d’Elllis Amdur à propos de l’écriture du mot naginata :

« On pourrait penser que changer la façon d’écrire le mot “naginata” est sans importance, mais ce n’est pas le cas. Le philosophe Maurice Merleau-Ponty définit le langage comme notre “chair sublimée”. Il entend par cette définition que le langage est l’essence de l’existence humaine et qu’il détermine la façon dont sera vécue la vie. En changeant la façon d’écrire le mot “naginata”, on affirmait clairement que l’on ne considérait plus l’atarashii naginata comme un art martial » …
… Mais bien comme un Budō.

Hommage à Simone Charton

Par Baptiste


En guise d’adieu, qui n’en fut pas un, le Maître me remit son meilleur arc. “Quand vous tirerez avec cet arc, vous sentirez la présence de la maîtrise de votre Maître. Qu’aucun curieux ne l’ait entre les mains ! Ne le conservez pas en souvenir quand vous en aurez retiré tout ce qu’il pouvait vous donner, détruisez-le et qu’il n’en demeure qu’une pincée de cendres !”

Eugen Herrigel

C’est avec tristesse que j’ai appris le décès de Simone Charton, survenu ce matin du 18 janvier.

Simone Charton était la mère du naginata en France. Elle contribua aussi très largement à sa diffusion en Europe.

Elle partit au Japon dans les années 1970 dans le but d’y apprendre cet art et éventuellement le diffuser après son retour en Europe. Cela peut paraître anodin de nos jours, mais essayons juste d’imaginer ce que pouvait être la condition d’une femme occidentale, seule, ne parlant pas japonais à son arrivée dans l’archipel, dans le Japon encore peu ouvert (en tout cas, très certainement moins que maintenant) des années 70 et dans le milieu très très conservateur des arts martiaux. Les épreuves et les vexations ont dû être nombreuses, avant qu’elle puisse finalement se faire accepter, puis reconnaître puisqu’on lui décerna le grade de 5e DAN et le titre de Renshi, après de nombreuses années de pratique.

A son retour en France, elle donna sa vie (au sens profond) au naginata, le portant seule sur ses épaules et le développant dans plusieurs régions puis plusieurs pays.

Je ne l’ai pas souvent rencontrée. Lorsque j’ai débuté dans son club, NIDF « Naginata Ile de France », elle était déjà atteinte d’une grave maladie. Mais je me souviendrai toujours du premier contact que j’eus avec Simone Charton :

Cela faisait déjà un an que j’étais sur Paris, et je commençais à ressentir une certaine perte de motivation à pratiquer les arts martiaux, seul dans mon coin. A l’époque, je cherchais à monter un club de Bozendo en région parisienne. L’association était créée et il ne me restait plus qu’à trouver une salle que je ne trouverai jamais. On s’entraînait avec Florent de temps en temps, ou alors je m’entraînais seul, en forêt ; mais le climat parisien étant ce qu’il est, ce n’était pas toujours évident (je me souviens de certains matins où le mercure était bien sous la marque du zéro, les mains restaient collées sur le scotch du Bo et le moindre petit coup un peu raté qui atterrissait sur les doigts noirs de froid (ça faisait longtemps qu’on avait dépassé le stade du bleu) était insupportable.

Bref, on s’était motivé pour commencer un nouvel art, dans une structure normale : un club avec un dojo et des gens avec qui pratiquer dedans. Enfin, il s’est trouvé que l’on a fait ça séparément, car Florent restait plus branché Chine et Corée (il s’y est d’ailleurs marié et une petite Mina est née l’année dernière) que Japon. A Paris, niveau arts martiaux, c’est pas le choix qui manque. Mais j’étais décidé à me lancer en parallèle dans le kendo et le iaido. Sauf que ça ne m’a pas plu… Demandez à quelqu’un qui a pratiqué des années un art de profil de se remettre de face… Kimochi warui ! C’est là que je me suis dit qu’il devait bien y avoir du naginata sur Paris. Après une recherche rapide sur Internet, on trouve : Maisons-Alfort, trop loin, j’habite dans le 15e ; Boulogne, plus près, je mets le numéro de téléphone de côté ; Rocquencourt, c’est où ça, ça existe ? (moi la géographie française, dès qu’on se trouve au-dessus de Valence, dans le nord, là…) ; et NIDF, 15e arrondissement, parfait !

La page Internet qui donnait les coordonnées pour NIDF était une vielle page dont la dernière mise à jour remontait à plusieurs années, une page sortie des tréfonds d’un quelconque annuaire en ligne ayant quelques vagues accointances avec le Japon et dont tous les liens étaient morts… Le premier numéro donné par la page était aux abonnés absents. Le deuxième numéro était celui d’Alain, mais personne ne répondit. Le troisième et dernier numéro était celui de Simone. Et ce fut Simone qui décrocha le téléphone.

La conversation qui s’en suivit, et qui dura 40 minutes, est indescriptible. Je ne savais bien sûr pas que Simone était déjà malade, à ce moment-là. A la fin je fus obligé de lui promettre que j’irai au prochain cour du mardi et que, promis, j’essaierai le naginata, sinon j’en aurais eu je pense pour 40 minutes supplémentaires de moines guerriers en l’an 700, d’armures qui sont les mêmes mais pas les mêmes, de termes japonais qui ne m’étaient pas familiers, des écoles anciennes qui étaient devenues modernes mais qui restaient anciennes, etc. La conversation fut tellement surréaliste qu’elle éveilla en moi une certaine curiosité et je ne manquai pas d’aller le mardi suivant au dojo d’NIDF (accompagné finalement par Florent, curieux de voir ça ; je me souviens d’ailleurs qu’on avait fait à la demande d’Alain, lui aussi très curieux, un Nikyo avec les E-bu de deux naginatas démontées en fin de cours… Première et dernière mondiale très certainement). Je me suis inscrit au club lors du cours suivant.

Après cet entretien téléphonique, je ne l’ai rencontrée qu’en de (trop) rares occasions…

Je la remercie en tout cas de m’avoir incité à essayer le naginata. Puisse sa disparition nous rappeler que la pratique d’un Budô est la pratique de toute une vie, sans buts ni profits ; une recherche personnelle mais irrésistiblement tournée vers l’autre.

どうもありがとうございました。

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