Archives par auteur: Hughes

Kamae, Taisabaki, la partie et le tout

En français, hérité de l’Escrime, on emploi le terme de « garde »  pour désigner en Naginata la notions de Kamae. De même, il est courant de traduire et donc d’enseigner Taisabaki en terme de « déplacement ».

Plongeant dans le détail du sens des mots japonais, et donc des kanji (idéogramme japonais), quelques éléments sur le sens de ces concepts, et la façon de les envisager ici et là-bas? ズ!…

Kamae – 構え

Le kanji 構 à un sens que l’on peut exprimer par établir, installer, bâtir, prendre position. On le traduirait aisément par posture. Ainsi, la garde n’est pas que la position de l’arme par rapport au combattant, mais le placement, l’établissement du combattant sur le terrain avec son arme. Le corps est compris, le corps est Kamae.

Taisabaki – 体捌き

体 : le Corps. Le kanji 捌 exprime l’idée de gestion, de manier, de manœuvrer ce corps. Ici encore, la notion de déplacement s’élargit et englobe la manière dont le combattant manie son corps dans la pratique, le résultat étant le déplacement.

Idéogramme

Si le sens d’un mot japonais peut approfondir notre réflexion les notions que nous utilisons et enseignons, il peut nous faire réfléchir sur notre tendance à prendre le tout comme une somme de parties, à se focaliser sur ces parties. À considérer par exemple Kamae, la Garde, comme simplement la position de la Naginata; à ramener Taisabaki aux mouvements des jambes (ashisabaki), des pieds, pour bouger.

Que disons-nous quand nous parlons des épaules, des mains (Te no uchi?), des pieds, du mono-uchi, de l’arme, des hanches…?

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La Bohème – Épisode I – Stage INF à Prague sept’09

« Ce qui est trop clair n’est pas intéressant »
Alexandre Issaïevitch Soljenitsyne
qui a connu le goulag

Prologue – On est à fond

Tout avait commencé il y a fort longtemps, lorsque les petits papiers et autres feuilles d’inscriptions sont parvenues en France:

« – Y va-t-on? Y va-t-on point? »
La réponse sera oui, on y va (rappel: on est à fond!).

Les plus malins et prévoyants d’entre nous achètent fort à l’avance des billets forts avantageux auprès d’une compagnie dont on tait désormais le nom. Ces formalités réglées, la saison, puis l’été suivent leurs cours…

C’est la reprise! Mois de septembre, dojo repeints de neufs, armoires à bougu fleurant bon le… Prague est évidemment l’événement de ce début de saison!
NIDF sera cette fois-ci représenté 4 de ses séides, et non des moindres: Agnès, Guilllaume, votre serviteur, et la nouvelle venue, transfuge pour quelques temps et des raisons administratives (à moins que ce ne soit le glamour du très select club parisien), Chloé.

Acte I – Les avions aussi coulent

Et un début d’aventure en forme de grosse trirème et de bien mauvaise surprise! Quelques jours avant le départ, on apprend que la compagnie aérienne dont on tait désormais le nom à tout bonnement… déposé le bilan!

Voilà les français (du moins côté CNK) bien marris: tout le monde ou presque avait pris ses billets chez eux! Seule Agnès a échappé au naufrage, vive l’Autre Compagnie Qui Nous Sauva (presque) Tous.

Re-question, angoisse, interrogation:
« – Y va-t-on? Y va-t-on point? »

La réponse sera, en ce qui concerne en tout cas NIDF: oui! (rappel…!)

Guillaume sera malheureusement victime de dates de vol incompatibles et du coût exorbitant auquel se monte désormais le voyage. D’autres également baisseront les armes devant l’achat d’un autre billet. Et puis y’en a d’autres, mais bon…

Nous décidons donc de changer de nom pour échapper aux tueurs à gage des banques, de vendre un rein et d’y aller, en vert et contre marées!

Acte II – Low Cost

Alors le terminal des compagnies low cost de Roissy (le 3) c’est pas les ors du terminal 2 en partance pour des destinations exotiques tels la Corée! Un grand hangar, des agent d’escale qui font la tronche…
On se met dans l’ambiance avec un casse-croûte heineken-jambon-beurre!

sur cette photo, un Fox

Épreuve n°1: on a ouï l’histoire de celle qui est revenu du Japon avec des naginata achetées là-bas, et qui a dû payer 320€ des frais parce que ça dépend, et si ça dépend, ben ça dépasse…
Le choix fut fait d’y aller « à ouf » comme on dit à Marseille, et puis on voit. Les 2 armures sont bourrées avec le reste dans un sac qui fait 1m10 de long et ses bons 31kg, et les étuis de naginata sont joliment assujettis par du scotch « Hello Kitty » du plus bel effet! Ben quoi, ça fait un bagage par personne?!

Pesée, accueil mal-aimable de l’agente d’escale mal payée… Ça passe!!
Nous nous dirigeons vers l’espace lounge (celui où on s’allounge) pour goûter cette victoire modeste mais de valeur (320€!)

Appel, bus, escalier mobile, et nous voilà dans le zavion. Agnès nous a précédé aux aurores. Pas de nouvelles, pas de nouvelles, mais la compagnie est toujours debout, l’avion a des ailes, que demande le Peuple!?

LA SUITE AU PROCHAIN NUMÉRO!!!

Gasshuku – Saitama, Juin 2009

Ce dimanche 21 juin, un choix difficile nous était offert: Disneyland Tokyo ou Gasshuku à Saitama? Avouez!…

¿Qué es un Gasshuku?

Vite dit, c’est en général un stage de plusieurs jours à l’extérieur. Je laisse Baptiste détailler si besoin les finesses du sens de cette expression. Globalement, on prend le train et on se met dessus !

Revenons à notre dilemme. Quoique, la perspective d’une journée entière de naginata l’a vite emporté ! Et c’est avec enthousiasme et entrain que l’on a répondu « fais péter » quand les sempai de l’IBU nous ont proposé d’y aller…

…Ce n’est qu’un peu plus tard qu’on a appris un minuscule détail : Saitama c’est loin, et on y va en train ! Chers amis, ce sera donc le train de 4h25 à la gare de Katsuura !

Mais comme on est pas venu au Japon pour acheter des rizières, nous voilà descendant la route qui mène de l’Université à la gare (et inversement, sauf qu’à ce moment là ça monte, ce qui fait toute la différence), avec armes et armures.

Bon point, on arrive les premiers, malgré l’avantage des étudiants munis de scooter ! héhé !

Et c’est parti. Un arrêt à Onjuku où Baptiste nous rejoint, et nous voilà embarqués pour 3h30 de voyage, avec moult changements. C’est comme aller au CHEOPS pour une journée, finalement!

Et là aussi, on arrive les premiers !

Or donc, le Budōkan de Saitama, complexe sportif préfectoral dédié aux arts martiaux, c’est pas la MJC de Consly ! J’ai appris un nouveau mot anglais que me plaît beaucoup en ce moment, c’est “flabbergasted”. Et bien flabbergasted je fus en entrant dans la main arena !

C’est beau et grand! Le complexe comprend également 2 dojo annexes, 2 kyudojo (un long distance et un normal), 2 arènes de sumo (une intérieure et une extérieure).

La dite main arena est bien sûr un immense dojo carré, au plancher uniquement décoré de discrètes marques indiquant où coller le scotch d’éventuels shiaijo (plus besoins de décamètre et de 12 peons pour en tracer un 😉


Mais bon, on est pas venu pour planter des bambous, et bien qu’ayant quasiment une heure d’avance (merci le train de 4h25) on déballe le matos, pose les armures en rang. Chloé en profite pour étrenner son zekken tout beau tout neuf et honteusement classe.

Plan de bataille annoncé par Baptiste dès le début : dès que Suzuki Sensei s’approche de son armure, aller se planter devant lui et onegaishimasu ! OK !

Parce que bon oui en fait, Saitama, c’est le fief de Suzuki Sensei. Et cet homme là, c’est un peu une légende du naginata, X fois champions de tout de qu’on veut (Japon, Monde,…), une sorte de mythe. Pour vous dire, quand j’étais petiot aux premières rencontre internationales à Paris, c’était déjà un ogre !

Le matin, c’est kihon et engi. Suzuki a des exercices amusants en plus d’être instructifs, dont certains consistent par exemple à parcourir le dojo avec un tenugui plié en 8 juché sur le sommet de votre tête, et ne pas le faire tomber. Furikaeshi compris, si si !

Bon alors bien sûr, je parle japonais comme vache qui pisse, donc les explications techniques m’échappent quelque peu. Mais j’ai Chloé et Baptiste qui me traduisent, alors je fais semblant et j’attends.

Le hall est rempli de lycéens, auxquels ce gasshuku est réservé. Quelques étudiants et sommités du naginata (championne du Japon, etc..) agissent en qualité de sempai. Nous somme bien 60-70 dans ce petit gasshuku de banlieue !

Après le travail de engi avec moult partenaires tous plus motivés qu’âgés de maximum la moitié de mon âge, c’est la pause. On en profite pour aller mater des vieux messieurs à moitié nus avec des arcs.

Fi ! bande de gérontophiles, il s’agit bien sûr d’un entraînement de kyudo, vraisemblablement un compétition ou passage de grade senior.

Poufpouf! Onigiri et Aquarius au déjeuner, petite pause et on y retourne, car après, « ceux qui mettent le Men le mettent » comme avait sibylinement annoncé Suzuki Sensei avant le break! Ça tombe bien, on en a, et le mien est tout neuf de la veille (on se barde ici, c’est Noël) et on a même les armures qui vont avec!

Après le traditionnel kihon datotsu, Suzuki axe le travail de ce début d’après midi sur le fumikomi men, ou men direct, comme on dit en Vendée. Et c’est là qu’on voit le souffle qu’apportent ces jeunes sensei masculins au pays où le naginata est souvent une affaire de respectables dames (comme dirait Ebisawa Sensei). Expérimentations, essais, crossover avec le kendo, ici on achète tout et on teste sur le terrain. Le tout dans une ambiance décontractée.

Bref, on se met dessus. Les keikogi sont rapidement à tordre, surtout quand s’ouvre la sessions jigeiko ! Je suis même surpris de voir de la sueur sourdre à grosses gouttes de mes kote himo (ces ficelles qui nouent les kote) en les resserrant !

Baptiste en fin renard qui connaît bien le terrain, laisse à peine le temps au sensei d’attacher son men. Les voilà partis pour du gros jigeiko qui résonne par dessus les cris des lycéennes. Chloé invite et est invitée à tours de bras. Moi, ben je leur fais un peu peur aux jeunes filles, sauf à celles avec qui j’ai travaillé le matin. Alors après, je passe en revu les gars, tous élèves de Suzuki Sensei au club du lycée. Y’a de l’avenir par là !

Bref, qu’est ce qu’on se met!

Même les gamins en veulent comme des lions !

Mais régulièrement, je jette un œil sur file d’attente des candidats au jigeiko avec le MC du jour. File qui s’allonge après le passage de Baptiste, et qui ne semble pas vouloir diminuer. J’échange encore quelques invitations avec les lycéens, puis me décide à aller faire la queue pour la fessée !

Bon alors c’est sûr, poireauter 30 min alors que les autres continuent à se mettre dessus, c’est frustrant. Mais on est aux premières loges pour voir Suzuki Sensei à l’œuvre. Calme et toujours composé, lâchant ici et là kake-goe (oui, vous aussi lisez Kendo World et apprenez des nouveaux mots pour briller en société et au Scrabble) audible malgré la cohue, il alterne kakari-geiko ou jigeiko selon le partenaire. Et soudain, par un bref et extrêmement énergique mouvement de  hanches, la naginata vole et poum ! Men !

C’est mon tour, et je décide de… rien ! Faire au mieux. Je ne me suis jamais battu contre ce gars qui était déjà proto-champion du monde quand je débutais, et qui n’a pas encore 40 ans!

News at 11, le combat est filmé par Baptiste et c’est la fessée prévue. Sans douleurs: il est toujours trop loin quand j’attaque, toujours assez près quand il me saute dessus. Le grand moment: un maki-age (je t’enroule ta naginata et elle vole) me fait lâcher la main avant. Il me met 3 men et un sune avant que je puisse la récupérer.

Mais bon, j’ai la classe dans ma nouvelle armure, c’est l’essentiel !!

Le stage approche de sa conclusion. Au loin, Chloé en découd avec Kurogawa, qui est ou fut Championne du Japon a moult reprises.

Le sensei annonce la fin des hostilités, on tombe l’armure et on s’aligne pour le salut final ; je n’entrave toujours rien aux commentaires délivrés à l’assistance sur le stage, et peut donc consacrer mon attention à me mettre en seiza suffisamment loin de la personne devant moi, sous peine de plonger dans son centre à chaque zarei, ce qui est vu comme inconvenant! Car oui, même dans un dojo aussi grand, la foule ne s’aligne sur pas moins de 3 lignes face au Sensei en cette fin de gasshuku.

On range ! Baptiste négocie la douche avec les sempai, et c’est un succès: on échange un remballage de chez speed et un restau contre une bonne douche et la promesse d’appeler la sempai pour lui dire qu’on en s’est paaaas perdu (rappelle, ces jeunes gens ont maximum 21-22 ans !). La suite se révèle doublement cocasse: d’abord les douches sont froides, mais ensuite on se rend compte que nos camarades de classe sont encore en train d’attendre le bus quand nous sortons, du persil entre les doigts de pieds, après les douches, le pliage de hakama, la causette autour d’un coca bien frais !

l’Odyssée commence, avec un timing des plus pourris, qui nous contraint à changer 6 fois de train. Les guerriers sont de moins en moins vaillants après cette journée et c’est un exploit qu’il y en ai au moins un de réveillé pour signaler les changements de train !

Home Sweet Home au Kaikan à 10h du soir, le bento est notre ami. Je m’endors au milieu de la pièce tout habillé alors que je lis un Kendo World.

Qu’est ce qu’on s’est mis !

戸田派武甲流薙刀術 – Naginata traditionnel à Toulouse

Répondant à l’invitation de Pierre Simon Iwao Sensei, du dōjō Oshinkan, relayée par Laurent, j’ai pris le train en ce gris samedi 21 février pour Toulouse.
La motivation commence là, car il ne faut pas moins de 5h de train pour rallier la ville rose, et le stage commence à 13h30.

Le temps est splendide à mon arrivée, ce qui laisse augurer un stage agréable: je sais en effet que nous pratiquerons dehors.

Hôte prévenant, Laurent, l’un des Sempai du Dōjō, est venu me chercher pour me montrer le chemin.
Nous grimpons les quelques rues tout en devisant du temps et  de l’étiquette à observer pendant le week-end.
Car ce n’est pas un simple stage sportif auquel je viens participer (avec les coutumes païennes que cela suppose chez NIDF! ;P ). Le dōjō Oshinkan est un véritable dōjō traditionnel, et nous y vivrons tous comme Uchideshi d’un week-end. Ainsi par exemple, le vouvoiement sera de règle comme marque de respect entre les pratiquants.

Arrivés au dōjō, Laurent me fait les honneurs en me montrant les lieux, les armes, m’expliquant au passage les significations et us.

Situé dans un ancien atelier de couture, la salle est petite mais toute en bois et bon plancher. Et comme je m’en rendrai compte de manière saisissante un peu plus tard, ni chauffée ni isolée. Les râteliers d’armes, le kakejiku, les kafuda , les makiwara, tout cela tranche agréablement avec les gymnases où nous avons l’habitude de nous entraîner. Quelle chance d’avoir une salle pareille!

Le tour du propriétaire terminé, nous passons au vestiaire (chauffé, lui) pour nous mettre en tenue. Comme souvent, à nouveau lieu d’entraînement, nouveau nœud de hakama! Et Laurent rafraîchi ma mémoire sur un nœud de obi plus traditionnel que mon interprétation de l’exercice que l’on peut qualifier de… contemporaine.

Et que fait-on en tout premier dans un dōjō? Le ménage!

Passer le balai et la serpillière sont tout autant d’occasion de commencer à entrer dans la pratique. Plutôt que de balayer dans le simple but d’enlever la poussière, pourquoi ne pas commencer à se poser dans son centre, son tanden, relâcher ses épaules pour des mouvements réguliers, sans à-coups ni rupture. Et on passe la serpillière à la japonaise: hakama relevé, on la pousse devant soi avec les deux mains plaquées dessus. Cela peut s’avérer un peu technique, surtout quand on est grand!

Tout cela permet d’attendre les derniers membres du dōjō.

Vient le moment au Laurent m’accompagne aux râteliers pour le choix des armes. Un bokutō, et surtout la Naginata!

Oshinkan est le seul dōjō en Europe à pratiquer Toda-Ha Buko Ryu Naginatajutsu. Ce koryū prend ses racines dans le Japon du XVe siècle, avant de devenir une école où la Naginata est l’arme principale au cours de l’ère Edo.

En ce temps-là, pas de normes sportives sur la taille et le poids des armes évidemment: on choisit celle qui vous va. Une naginata est à la bonne taille si, levant le bras, vous pouvez en toucher la pointe en position verticale.

Me voilà armé. Les armes sont déposés dans un coin du dōjō et, tous étant là, on s’aligne pour le salut.

Le Sensei Simon Iwao PIERRE, Shihan, nous dresse quelques mots de bienvenue, puis viennent les présentations. Nous serons 7 ce week-end à suivre les enseignements du Sensei. Certains sont frais de l’année, d’autres sont des piliers reconnus okuden.

Le salut se poursuit traditionnellement, le stage est ouvert.

Et nous quittons le dōjō pour monter au Parce de l’Observatoire, car le stage se déroulera en plein air.

Installés, on commence le kihon, est tout de suite, le dépaysement se fait sentir. La position, très basse et hanmi (presque de ¾), la garde haute sont déstabilisantes mais donnent une très bonne sensation d’ancrage et de force. Et puis c’est classe!

Nous pratiquons les coups de base, qui sont puissants. La différence entre une sensation de coupe et et un simple coup est tout de suite sensible avec ces lourdes armes à l’épaisse lame. Mais de là à le faire correctement…

Nous parcourons notre coin de parc seuls, puis à 2 en enchaînant les coups, avant de passer aux techniques plus avancées du kihon.

En ce qui me concerne, cette partie s’arrêtera au dō-giri, une des techniques particulières à l’école. Un coup puissant, un ample mouvement qui consiste à frapper l’abdomen.

J’apprécie l’effet produit par l’ensemble des élèves enchaînant les dō-giri, alignés les uns derrières les autres. C’est tout autant sportif à exécuter que beau à voir!

Le kihon se poursuit.

La pratique traditionnelle des écoles anciennes s’articule autour de la pratique inlassable des kata, qui contiennent les mouvement et les concepts propre à l’école.

C’est donc la suite du programme.

Les kata de l’école sont autant efficaces qu’impressionnants. Images d’un passé guerrier où les Bushi maniaient de lourdes et mortelles naginata, l’exécution ne laisse pas place à l’équivoque ou à la sophistication surtout esthétique qu’on peut retrouver dans des écoles plus récentes.

Nous finissons au crépuscule et redescendons au dōjō.

Le dōjō traditionnel, c’est aussi la vie en commun le temps du stage. Nous partagerons le repas et dormirons dans le dōjō même.

La soirée est fort agréable, alors que je découvre les relations d’amitié et de respect qui unissent de façon particulière les élèves de cette école, et malgré le vouvoiement de rigueur un peu surprenant, on sent une vraie complicité et une proximité forte.

Le Sensei nous gratifie d’histoires sur le Japon ou d’explications sur l’histoire de l’école. Et je ne peux m’empêcher de penser à Simone (Charton), en l’écoutant: c’est un peu la même énergie, le même savoir, fruit d’une vie de recherche passionnée sur les arts martiaux, de réflexions croisées sur l’énergie, le mouvement… et le même enthousiasme!

Mais il faut bientôt gagner nos spartiates couches (sauf pour les malins qui possèdent un futon complet à demeure 😉 et se préparer à une courte et quelque peu rude nuit: demain, préparation énergétique à 6h, et il fait moins de 10°C dans le dōjō!

D’ailleurs, c’est déjà le matin. Nuit trop courte, réveillés par le Sensei déjà prêt qui prend en photo la « vaillante » troupe en annonçant le début prochain des hostilités!

Le temps d’enfiler le jūdōgi blanc réservé à ce moment, et c’est par 1 heure de yoga que nous émergeons à cette journée.

Je m’abstiendrai de commentaires sur ma souplesse légendaire pour vous dire plutôt la surprise que j’ai eu a me voir pratiquer certains mouvements que je pensais hors de ma portée, tel le lotus. Un lotus quelque peu tordu, mais quand même! Allez, avec quelques (dizaine d’) années de pratique!

Tout cela est suivi par un petit déjeuner aux ingrédients inédits, mais finalement goûtus et très reconstituants.

Nous remontons au parc pour poursuivre le stage. Et c’est là que les courbatures de la veille se font sentir dans les jambes, à cause de la garde très basse.

Le kihon, encore te toujours, et jamais assez, car j’ai le plus grand mal à ne pas reprendre mes réflexes d’atarashii naginata!

Puis les kata, à nouveau. Nous les répétons encore et encore, sous les conseils du Sensei qui visent à leur donner sens et vie. Les élèves avancés passent aux série ultérieures, et entre deux kata je découvre des pratiques tachi contre naginata, yari-naginata, ainsi que la fameuse kagitsuki naginata, arme spécifique de l’école, à la manipulation délicate mais implacable.

Malheureusement, l’heure de mon train de retour, et tous me font l’honneur d’arrêter la pratique pour me raccompagner, alors que la journée n’est pas terminée. Nous revenons au dōjō pour le salut et les adieux, et je dois filer à la gare.

La prochaine fois, je prendrais une montre, car j’y arrive avec une heure d’avance.

J’aurais pu rester!

Je souhaite que ce stage soit le début d’amitiés et de collaborations entre nos deux dōjō. Notre pratique moderne à sans aucun doute un supplément d’âme à y retrouver. Pour ne pas oublier pourquoi nous faisons ce que nous faisons, et revenir à la source pour y garder le sens du Combat, même si celui-ci est de nos jours l’occasion d’un cheminement personnel.

 

Plus d’informations sur Toda-ha Bukō-ryū et le dōjō Oshinkan: www.oshinkan.com